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3 au 7 mars 2010, Lorenzaccio de Alfred de Musset, mise en scène Yves Beaunesne au Studio 24 à Villeurbanne

Florence, en Italie, est au XVIe siècle une république indépendante, dont les nombreux artistes invités par la grande famille des Médicis, ont fait la réputation et la richesse. Mais l’empereur Charles Quint et le Pape Paul III ont à présent la main mise sur la Cité, occupée par les forces allemandes, dirigée d’une main de fer par Alexandre de Médicis, dont la débauche et les débordements scandalisent toute la péninsule italienne.


Devant l’incapacité des Républicains à réagir, un seul homme va tenter quelque chose pour libérer les habitants du joug de leur oppresseur : Lorenzo de Médicis, dont la personnalité mystérieuse attire les moqueries et les quolibets. Quel homme est-il vraiment ? Et quels sont les enjeux d’un tel acte ? : l’assassinat politique ? Quelle morale, quels idéaux, quelle conscience guide vraiment les Hommes ? Réflexion politique, philosophique et spirituelle sur les nécessités et les illusions de l’engagement, Lorenzaccio fit scandale dans la France de 1830, où les Républicains acceptaient mal leur échec, et, où les émeutes populaires étaient écrasées par la Monarchie restaurée.

Musset et nous, par Daniel Lindenberg, Journal du Théâtre Nanterre-Amandiers, 1991

Le destin posthume d’Alfred de Musset a de quoi donner le tournis.
« Idole des jeunes », il le fut, mais dans son âge « mûr », voire passablement blet, après avoir vainement
couru après la gloire pendant sa propre, et folle, jeunesse. A trente ans, il écrit à son frère Paul, qui sera
son pieux biographe : « Le public est en retard avec moi. Il se fait autour de mes publications un silence
qui m’étonne… Je veux bien dire que j’ai été jusqu’à présent presqu’un enfant, mais je ne veux plus que
les autres me le disent. » Alors même qu’il veut exprimer les sentiments de toute une génération perdue,
« l’enfant du siècle » n’est pas vraiment (re)connu par ladite génération. Comme l’écrit Simon Jeune
(sic), « s’il a suscité quelques flambées de curiosité plus ou moins accompagnées de scandale… les gens
sérieux, les écrivains à message se sont détournés de lui ».
Son théâtre en particulier (alpha et oméga de toute réussite littéraire au xixe siècle) reste ignoré jusqu’à la
Révolution de 1848. Mais c’est justement grâce au brusque succès de ses pièces qu’il sortira de l’ombre,
alors qu’il n’est plus que… l’ombre de lui-même, ravagé par la noce et la bouteille.
Succès auprès du public, étudiant surtout, mais non pas auprès des contemporains qui à nos yeux
comptent. Flaubert l’exécute lapidairement : « Charmant poète, d’accord, mais grand, non ! » ; Baudelaire
avoue n’avoir jamais pu souffrir ce « maître des gandins » et daube sur « l’école mélancolico-farceuse
» dont Musset serait le prototype… Le pauvre Alfred ne deviendra vraiment le prince de la jeunesse qu’après sa mort, lorsque le Quartier Latin et la bohème littéraire en feront leur porte-étendard.
Or, il est frappant de voir que, un siècle exactement plus tard, l’auteur des Nuits, devenu entre-temps un
classique tout à fait scolaire et poussiéreux, revivra la même aventure posthume. Célébré par le marxiste
Henri Lefebvre comme un révolutionnaire qui s’ignorait, il est (toujours à travers son théâtre, notons-le)
redécouvert comme auteur passablement irrespectueux et subversif. La mise en scène de On ne badine
pas avec l’amour par René Clair (1957), avec Gérard Philipe en Perdican, inaugure une tradition qui donne la main à celle des années 1860. René Clair déclare : « C’est pour moi, avec Labiche, le seul auteur du XIXe qui ait résisté au temps et soit encore jouable. »
Les générations qui ont suivi, la nôtre en particulier, ont élargi la liste, mais n’ont nullement infirmé le
jugement du grand cinéaste concernant Musset.
Pourquoi une vogue aussi persistante, s’agissant d’un dramaturge dont l’engagement politique et social
apparaît sujet à caution, ou en tout cas fort éloigné des idéaux chers aux tenants du théâtre populaire ?
On peut répondre en évoquant en premier lieu certaines similitudes frappantes entre l’après-1815, qui
comme on sait est la toile de fond de son oeuvre, et les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale.
Absence de la guerre après des années de sang et de plomb, révolutions manquées, la gestion ennuyeuse succédant à la tragédie politique permanente, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets dans les générations nées après. Le sentiment d’admiration et de ressentiment mêlés vis-à-vis des pères « anciens combattants », la recherche toujours déçue de vraies raisons de se révolter, le recours aux paradis artificiels du sexe ou de la drogue, rapprochent indiscutablement la jeunesse romantique des rebelles sans cause de notre époque. Aussi, le déclin des utopies qui portaient le TNP de Vilar et son immédiate descendance n’atteint pas du tout le désir de monter et de lire Musset, mais au contraire l’alimente. A un moment où l’on redécouvre l’individu longtemps enfoui sous les « grands récits » d’émancipation collective, on redécouvre le drame du Musset qui exorcise avant tout ses propres démons par l’écriture.
Dès 1957, le surréaliste Philippe Soupault en fait un portrait peu convenu dans la collection Poètes
d’aujourd’hui de Seghers : « … il fallait qu’il s’évade : n’importe où hors du monde. Il ne semble pas que l’on ait compris ce désir si vif chez Musset d’échapper à ceux ou celles qui l’aimaient… Il est certain qu’il a
vécu une double vie dont nous ne connaissons qu’une seule partie. L’autre partie était passée sous silence ou qualifiée d’excès, toujours simplifiée en libertinage ou ivrognerie par ses ennemis. » Les amis de Musset aujourd’hui, dont nous sommes, préfèrent cette face cachée aux légendes noires et roses. Aussi est-il à parier que la « mode » de Musset n’est pas près de passer.

Lorenzaccio de Alfred de Musset, mise en scène Yves Beaunesne, avec

Mathieu Genet Lorenzo ; Océane Mozas La Marquise Cibo ; Jean-Claude Jay Philippe Strozzi
Thomas Condemine Le Duc Alexandre de Médicis, Côme de Médicis ; Philippe Faure Le Cardinal
Cibo ; Évelyne Istria Mère de Lorenzo ; Elsa Chausson Catherine Ginori, cousine de Lorenzo
Simon Drahonnet Pierre Strozzi, fils de Philippe ; Adama Diop Giomo Le Hongrois, écuyer du Duc
Samuel Seynave Scoronconcolo, spadassin
Adaptation et collaboration artistique Marion Bernède
assistants à la mise en scène Pilou Rieunaud, Marie Clavaguera-Pratx, Emilien Malaussena
scénographie Damien Caille-Perret ; assistante scénographie Céline Perrigon
lumières Joël Hourbeigt ; son Jean-Damien Ratel ; costumes Patrice Cauchetier
assistante costumes Anne Autran ; maquillages Catherine Saint-Sever
travail sur les marionnettes Cyril Bourgois ; constructeur des marionnettes Thomas de Broissia
maître d’armes François Rostain ; régie générale Baptiste Bussy
régie plateau Éric Capuano ; habillage, maquillage, coiffure Cathy Bénard
Production Compagnie de la Chose Incertaine, en résidence à l’Apostrophe — Scène nationale de
Cergy-Pontoise et du Val d’Oise, Le Grand Théâtre de Luxembourg, le Théâtre de la Place à Liège, L’Apostrophe — Scène nationale de Cergy-Pontoise, le Théâtre du Beauvaisis, la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne.
Avec le soutien du département du Val de Marne, du département du Val d’Oise, du Jeune Théâtre National, du Centre des Arts scéniques de Bruxelles.
Durée du spectacle : 2 h 30

Informations pratiques

Le TNP au Studio 24 - Villeurbanne
Studio 24, 24 rue Émile-Decorps 69100 Villeurbanne, 04 78 03 30 30
Calendrier des représentations
Mars : mercredi 3, jeudi 4, vendredi 5, samedi 6 à 20 h 00 ; dimanche 7, à 16 h 00
Location ouverte. Prix des places : 23 € plein tarif ; 18 € tarif abonné et tarif groupe
(10 personnes minimum) ; 13 € tarif réduit (moins de 26 ans, demandeurs d’emploi, bénéficiaires de la CMU, professionnels du spectacle).
Renseignements et location 04 78 03 30 00 et www.tnp-villeurbanne.com
Accès au Studio 24 : Métro ligne A, arrêt Cusset, sortie rue Pierre-Baratin (environ 10 mn. à pied),
Bus no 11 ou C3, arrêt Cyprian Léon-Blum (5 mn. à pied), ou no 38, arrêt Gare de Villeurbanne
Tram T3, arrêt Gare de Villeurbanne (10 mn. à pied)
Voiture : depuis le TNP, rejoindre la place Grand-Clément, prendre la rue Léon-Blum, puis la rue
Émile-Decorps. Par le périphérique, sortir à Villeurbanne-Cusset-Gratte-Ciel


pierre aimar
Mardi 23 Février 2010
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