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26 octobre au 22 février, Fauves Hongrois, de l’influence de Matisse et de l’école française. Le Cateau-Cambresis - Musée Matisse. Par Jacqueline Aimar

La Fauvisme, au début du XXe siècle au milieu des courants picturaux nouveaux, va révolutionner l’art hongrois. Il va donner aux jeunes artistes le désir d’aller étudier l’art à Paris en hiver, fût-ce au prix de la misère, avant de retourner peindre en été dans le village d’artistes de Nagybánya et d’exposer l’automne à Budapest.
Pour la première fois cette année, sont exposés en France, après Céret, 116 peintures et 44 dessins de ces artistes hongrois au Cateau-Cambrésis et avant Dijon en 2009


Lajos Tihanyi. Chapelle de la Vierge-Marie à Nagybánya (verso : Nature morte aux fleurs en pot), vers 1908. Huile sur toile, 67x 61 cm. Budapest, Magyar Nemzeti Galéria. © photo Galerie Nationale Hongroise
Lajos Tihanyi. Chapelle de la Vierge-Marie à Nagybánya (verso : Nature morte aux fleurs en pot), vers 1908. Huile sur toile, 67x 61 cm. Budapest, Magyar Nemzeti Galéria. © photo Galerie Nationale Hongroise
Des artistes comme Czóbel, Berény, Perlrott Csaba ou Bornemisza fréquentent, à Paris, les Académies Julian, Colarossi et, entre 1908 et 1910, l’Académie Matisse. Ils découvrent les musées, les galeries Durand-Ruel et Vollard, ainsi que Gauguin, Seurat et Van Gogh.
Ces années 1900 voient également se multiplier, à Budapest, d'importantes expositions qui révèlent au public hongrois les plus grands maîtres de l'art français contemporain, de Manet à Van Gogh, en passant par Degas, Seurat, Matisse, Cézanne et Gauguin.
Et les voilà mêlés à l’aventure des artistes fauves français.
Ils retournent dans leur pays avec des peintures qui provoquent une véritable «révolution» parmi les autres artistes hongrois. Les tableaux explosent de couleurs vives, éclatantes, «fauves». Les artistes conquièrent une liberté d'expression qu’ils associent à la tradition naturaliste hongroise. L'art hongrois, s’ouvre à une nouvelle créativité.

Csaba est le principal élève hongrois de Matisse peut-être accompagné temporairement par Bornemisza, Czóbel et Róbert Bérény. L’académie Matisse est très différente des autres ateliers parisiens. Dans les académies Julian ou Colarossi, le professeur s’occupait très peu des élèves. Matisse pour sa part, donne un cours en apparence très traditionnel, mais qui s’avère être une vraie révolution artistique. «Du lundi au samedi, je m’efforçais de prendre ces moutons et d’en faire des lions.» Il propose un programme qui commence par le dessin puis la peinture et, au bout d’un an, la sculpture en terre. Pour les couleurs, il recommande «de l’ordre avant tout [...] mettez sur la toile trois ou quatre touches de couleurs que vous avez comprises [...]. Construisez avec des rapports de couleurs, proches et éloignées.»

Les colonies d’artistes en Hongrie

Après avoir passé l’hiver dans les écoles et ateliers parisiens, certains artistes retournent en Hongrie pendant l'été, notamment à Nagybánya, pour travailler en plein air.
En l906, le jeune Béla Czóbel, arrivé de Paris à Nagybánya, influence ses camarades avec ses compositions modernes, mais pas encore tout à fait fauves.
L’un des premiers professeurs de l’école de Nagybanya, István Réti raconte le programme que se donnaient les artistes : «...aller chaque hiver à Paris, même si on doit vivre dans la misère, étudier et voir là-bas, puis en été peindre à Nagybanya, en automne exposer à Budapest et vendre aussi.»
Ainsi, Béla Czobel (1883-1976) arrive à Paris en 1903 et s’inscrit à l’académie Julian, riche vivier de l'art moderne français. Il visite les expositions Gauguin en 1904, puis Seurat et Van Gogh et, en 1905, est exposé au Salon d’Automne dans une salle proche de celle des Fauves qui l’influenceront. En 1908, la Galerie Berthe Weill lui consacre une exposition personnelle. A cette époque, il est aussi connu à Paris grâce à des entretiens menés par le journaliste américain, Gelett Burgess. Czobel eut un rôle important puisque la douzaine de tableaux faits de touches de couleurs vives aux contours colorés épais qu’il ramène de Paris à Nagybanya en 1906, provoquent une révolution parmi les élèves qui adoptent les tendances modernes et sont baptisés « Néos » par la critique. Les peintres restent cependant fidèles aux genres traditionnels tels que la nature morte, le paysage et le portrait et puisent leur inspiration dans la culture populaire de la campagne hongroise.
Ainsi Lajos Tihanyi frappé enfant de surdité, commença la peinture en 1906 puis rejoignit chaque été de 1907 à 1910, la colonie d’artistes de Nagybánya. Il peint des œuvres aux aplats de couleurs fauves très violents de jaune, rouge, vert ou bleu dans des toiles construites et ordonnées. Il séjourne aussi quatre mois à Paris en 1908 et assimile l’œuvre de Cézanne, Van Gogh, Gauguin et Matisse. Il fait ensuite partie du groupe des Huit.

Le groupe des Huit

Vers l908, un autre centre apparaît en Hongrie, au bord de Danube, dans le petit village de Nyergesújfalu. C’est ici, dans le grand jardin de Károly Kernstok, que les peintres d’esprit fauve, Béla Czóbel, Ödön Márffy... se rencontrent et discutent. Károly Kernstok et ses compagnons tentent de représenter la fusion entre l’homme et la nature à la manière de Cézanne, dont ils ont vu la rétrospective en 1906 à Paris. Les œuvres anti-naturalistes, représentent des paysans ou des nus, dans des paysages aux couleurs audacieuses dans des compositions aux structures fermes et robustes.
Károly Kernstok deviendra le promoteur du groupe «Les Huit», mouvement dont le radicalisme d'inspiration occidentale a son équivalent dans les domaines de la littérature et de la musique de Béla Bartok. Actifs entre 1909-l912, la majorité des fauves hongrois y participe: Béla Czóbel, Lajos Tihanyi, Dezsö Czigány, Odön Márffy, Róbert Berény, Bertálan Pór et Dezsö Orbán.
À Céret, au Cateau-Cambrésis et à Dijon, une exposition inédite : La découverte d’artistes hongrois précurseurs.
Une sélection a été réalisée parmi les œuvres de l’exposition hongroise par les trois musées partenaires, Céret, Dijon et Le Cateau-Cambrésis, pour présenter aujourd’hui les œuvres les plus emblématiques du fauvisme hongrois. Initiée par la Hongrie, cette exposition a pour but de présenter et de faire connaître au public français le travail de ces jeunes artistes, pour la plupart encore méconnus en France, qui révolutionnèrent la peinture magyare au contact des nouveaux courants picturaux du XXe siècle, en particulier le Fauvisme, et qui ouvrirent la voie aux différentes avant- gardes européennes.
Jacqueline Aimar

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pierre aimar
Jeudi 19 Février 2009
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