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21 avril au 23 mai, « Soupe de têtes de fantômes ». Exposition personnelle de Pierre Ardouvin à la Fondation d’entreprise Ricard, Paris

Depuis plus de 10 ans, le travail de Pierre Ardouvin est aussi évident visuellement qu'il est psychologiquement incertain. Simplicité matérielle exacerbée vs trouble psychique, suscitant dissonances, fractures des percepts aux affects. La lumière y est ténébreuse, la féérie glauque, le prosaïque magique, la fête sinistre. Partout, on assiste à une imperceptible mutation du clinquant vers le blafard, de l'étincelant vers l'aveuglant, de la préciosité vers la pacotille. Paradoxes ? Tensions, plutôt. Derrière ses gestes faussement humoristiques ou désinvoltes, Pierre Ardouvin développe une oeuvre dure, raide, irréconciliée avec le monde. La clarté manifeste des dispositifs, qui ne cachent généralement rien de leur simplicité, fait preuve d'une brutale générosité, voire d'une empathie - quoique non enjouée - avec certains motifs et matières les plus ordinaires, voire les plus vulgaires de la société contemporaine.


La Chose, 2008, bâche, PVC, systèmes de soufflerie,  timer, 6 x 3,20 x 3,50 m, coproduction Fondation  d’entreprise Ricard et Centre d’Art Bastille, courtesy  Galerie Chez Valentin.
La Chose, 2008, bâche, PVC, systèmes de soufflerie, timer, 6 x 3,20 x 3,50 m, coproduction Fondation d’entreprise Ricard et Centre d’Art Bastille, courtesy Galerie Chez Valentin.


De fait, certains objets et référents qui nourrissent cette oeuvre foncièrement sculpturale révèlent un penchant, aussi ambigu qu'inattendu, pour une certaine fierté nationale. La France des dessus de cheminée, des canapés fleuris, de Johnny Hallyday, les congés payés, Edith Piaf et les Peugeot 103 SP. Sans ironie, mais sans plus de complaisance. Avec plutôt une volonté à la fois déréalisante et tragique, fantastique et violente. Un parcours touristique en terre populaire et domestique, non par les petites routes sympathiques, mais par les routes alternatives, glissantes, dangereuses. Soudainement plus du tout éclairées et longeant le ravin. Où l'on manque de déraper, donc, et finir explosés contre un platane ou la voiture cramée en bas du talus. Dans le même esprit, si le travail évoque souvent la fête, ce ne sont jamais les préparatifs, ni l'acmé, mais plutôt la fin de la fête, lorsque qu'il y a baston sur le parking. Prémonition de la gueule de bois. In advance of the broken head. L'heure où sautent non pas les bouchons de champagne, mais directement les goulots des bouteilles de bière.
Potentiellement, ça peut couper, mais c'est toujours la fête. La bombe. Vivement samedi. Vivement dimanche.

Mais pas de panique, chez Ardouvin tout est visiblement. pour de faux. De la pacotille, du toc, de l'ornementation de bouts de ficelles. Mais tout ça, c'est néanmoins "affectivement" très conducteur. Ce faisant, le travail engage une réflexion en actes sur notre relation au réel, nos tensions désirantes semiconscientes pour l'illusion, le fantasme, quel que soit le contexte, quelle que soit la pauvreté des objets employés et la grossièreté des artifices. Une ampoule pour soleil, un miroir pour l'eau et de la tôle ondulée pour les vaguelettes de bord de mer. On croit rêver ! Ben oui, justement. Magie ordinaire, trompe-l'oeil improbable et tours de passe-passe avec quincaillerie bon marché. La féérie, de fait, ce n'est pas seulement la nuée de colombes blanches sorties d'un chapeau, c'est aussi tordre les cuillers. Menteur ? Comme un arracheur de dent.
[.....]
Guillaume Desange

INFORMATIONS PRATIQUES

MONOGRAPHIE
A paraître en septembre 2009 aux éditions Les Presses du Réel, collection Monographies. Textes de Guillaume Desange, Dominic Eichler et Elisabeth Wetterwald.
20.5 x 26 cm, relié, 192 pages, 28 €.
ISBN : 978-2-84066-304-1

Fondation d'entreprise Ricard
12 rue Boissy d’Anglas 75008 Paris
T. 33 (0)1 53 30 88 00
info@fondation-entreprise-ricard.com
www.fondation-entreprise-ricard.com

Entrée libre du mardi au samedi de 11h à 19h
Sauf jours fériés : 1er, 8 et 21 mai 2008
Métro : Concorde ou Madeleine


pierre aimar
Jeudi 2 Avril 2009
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