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17 au 29 juin, Paddy Japanangka Lewis. « Derniers rêves ». Peintures récentes du Désert Central d'Australie, Galerie Luc Berthier, Paris

C'est avec une joie immense que j'ai pu retrouver à Yuendumu Paddy Japanangka Lewis (né en 1925) et sa vibration chamanique ainsi que Shorty Jangala Robertson (né en 1930), l'un des premiers à avoir peint en 1970. Pour la première fois j'ai pu apprécier l'élégante coloriste Mary Anne Nampijinpa Michaels.
A Papunya, Martha McDonald Napaltjarri si poétique et le rigoureux William Sandy (né en 1944) de grande renommée peignaient encore avec inspiration.


Paddy Japanangka Lewis. « Derniers rêves ». Peintures récentes du Désert Central d'Australie, Galerie Luc Berthier, Paris

Paddy Japanangka Lewis – 2008 - Yuendumu – 152 x 107 cm
Paddy Japanangka Lewis – 2008 - Yuendumu – 152 x 107 cm

Souvent âgés, la connaissance initiatique de ces artistes est encore intacte et la transmission émouvante de leur croyance se lit dans leur peinture.
Ces Rêves sont leurs derniers témoignages. Il me semble essentiel de vous les montrer.

Aujourd'hui, environ 400 ans après l'arrivée des premiers Européens et leur emprise sur cette terre qu'ils appelèrent Terra Nullius et décrétèrent leur, les Aborigènes habitent globalement le Désert Central en son centre (du Désert de Tanami au nord d'Alice Springs à la Grande Baie Australe) ainsi que le Nord tropical et pour quelques-uns les Kimberleys à l'Ouest, le Sud de Darwin, et la péninsule du Cap York. Quelques autres points d'ancrage existent disséminés, en nombres réduits toujours.

Pour le reste, les régions dépeuplées n'abritent plus la pensée ancestrale.

Au centre de l'Australie, la succession de déserts s'étend sur plusieurs millions de kilomètres carrés où apparaissent des plaines arides et le « bush » plus hospitalier. Faune et flore offrent de quoi subsister pour l'initié à condition qu'il connaisse aussi les points d'eau stratégiques pour la survie. Quelques peuplades ont réussi soit à réinvestir, soit à conserver dans le meilleur des cas les territoires et les traditions orales et picturales qui permettent la transmission essentielle de la pensée et du concept vivant du « Temps du Rêve ».
C'est en 1970 à Papunyia à l'Ouest d'Alice Springs qu'apparurent les premiers témoignages peints pour nous. Des hommes Warlpiri, Alyawarre, Anmatyerre, Luritja, Pintupi, Kukatja vinrent progressivement de Yuendumu, du fond du désert de Tanami, de Kintore et plus loin encore témoigner par la peinture et la parole. Grâce à eux et actuellement encore, ces « témoignages- peintures » sont transmis et racontent un Temps mythique encore présent dans leur culte.

Autrefois, l'Australie était totalement peuplée par les Aborigènes. Dans la diversité de ses contrées, les centaines de peuplades aux dialectes différents cohabitaient dans une harmonie régie par le concept du « Temps du Rêve ». Les moindres parcelles de ce magnifique pays en étaient imprégnées. Les rites initiatiques comme la pensée profonde de chaque instant et de chaque individu faisaient rapport à la mythologie. Chants, danses et peintures cérémonielles retraçaient la fantastique constitution de ce pays ainsi la formation des rivières et des reliefs. La narration des voyages initiatiques des ancêtres participait à l'apprentissage de la topologie, l'ordre moral ou la formation des paysages ainsi qu'à la connaissance de la faune ou de la flore, tous essentiels à l'existence comme à la coexistence.
Apprendre le Rêve donnait le pouvoir de vivre le « Temps du Rêve ».
C'était il y a plus de 70.000 ans.

Galerie Luc Berthier
16 rue Guénégaud 75006 Paris
Tel: 01.42.77.83.44 /06.30.70.30.70
lucberthier@wanadoo.fr
www.african-muse-gallery.com://
www.african-muse-gallery.com


pierre aimar
Jeudi 2 Avril 2009
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