Sa fille Clara reçoit dans la grande maison familiale les artistes qu’elle aime, car Madame Schwarz n’aime rien tant que ces animaux-là, différents, étranges, inquiétants, puisque sans toit et affamés.
Serviteurs subalternes, contraints au respect des rituels bourgeois, les artistes tentent au péril du reniement de soi, de jouer le jeu du faire semblant, car le faire semblant, Madame Schwarz y tient beaucoup.
Maîtresse au milieu de ces animaux de « la Ferme », elle attend sa mort, au premier faux-pas. Et elle le sait.
L’auteur, Peter Turrini, fut introduit à quinze ans dans ce milieu aristocratico-artistique où pour la première fois, il fut invité à lire ses poèmes. Encouragé par les uns, moqué par les autres artistes, il connut là un véritable baptême du feu.
Dans cette cour provinciale, on trouve le grand Thomas Bernhard, alors âgé de vingt-cinq ans, alias Vincent dans la pièce.
Difficile d’imaginer Thomas Bernhard en courtisan et pourtant il le fut, piaffant et provoquant, à l’unisson avec son ami du moment, le compositeur Gerhard Lampersberg, alias Filippo, sous l’oeil critique du peintre Giuseppe.
L’avocat d’affaire, quant à lui, attend son heure, en bon prédateur : comment récupérer une part des richesses de Clara, la future maîtresse des lieux ?
Clara en mal d’amour, espère de tout son coeur la tombée de la nuit car "dans l’obscurité, seuls nos désirs compteront" ».
Gilles Chavassieux