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16 mai au 20 septembre 09, exposition A contre-corps. Œuvre de dévoration, Frac lorraine 49 nord 6 est, Metz

« Je suis une énorme bouche qui avale le monde, les gens, les objets. Je suis un être anthropophage ». Pour Lygia Clark, née en 1920 à Belo Horizonte, décédée en 1988 à Copacabana (Brésil), la perception du monde s'origine dans les viscères, lieu le plus secret et le plus profond de l'anatomie.


Œuvres de Cildo MEIRELES Lygia CLARK Anna Maria MAIOLINO, Mathieu K.ABONNENC, Lygia CLARK

16 mai au 20 septembre 09, exposition A contre-corps. Œuvre de dévoration, Frac lorraine 49 nord 6 est, Metz
Pensées comme un recel de sensations et de savoirs incorporés, l'artiste n'a de cesse d'extraire cet intérieur vers l'extérieur par le biais de la déjection : le vomi et la bave. Ces déchets, loin d’êtres passifs, activent des processus allant du morcellement du corps à sa reconstruction puis sa dissolution dans un corps collectif. Ces expériences sont mises en jeu dans des exercices et/ou performances basés sur l'activité du spectateur qui devient « participant ».

Pour Canibalismo, un participant s'allonge par terre les yeux bandés. Il porte une combinaison en plastique munie, à la hauteur du ventre, d'une fermeture éclair qui ouvre sur une poche intérieure. Les autres participants, dont les yeux sont également bandés, s'assoient autour de lui et sortent les fruits qui se trouvent dans cette poche pour les manger et les partager avec leurs voisins.

Dans le même esprit, les participants de Baba antropofágica ont dans la bouche des bobines de fil. Lentement, ils dévident les fils de couleur avec leurs mains et en recouvrent le corps d'un autre participant, allongé par terre. À la fin, ils s'entremêlent tous dans « la bave » de fils. Si, dans un premier temps, ils ont l'impression de tirer un simple fil, cette sensation évolue vers la perception de tirer leur propre ventre vers l'extérieur.

Au cours de cet exercice, les protagonistes ont des sensations d'extension, de prolongement de leur propre corps ; ils éprouvent parfois même la dissipation de ce dernier. Lygia Clark en témoigne de façon explicite:
« Ma bouche s'ouvre, mandibule au sol : il sort de dedans une bave qui s'écoule dans un délire obsessionnel, coulant obstinément au-dehors. Elle enveloppe tout ce qui m'entoure, passant la gomme sur l'identité de mon moi, sur les contours de mon corps […] »

Cette dissolution du moi, cette perte d'identité dans l'entrelacement des corps conduit à ce que Lygia Clark nomme le « corps collectif ». Chaque individu y partage avec d'autres une expérience commune basée sur des échanges sensoriels et psychiques. Chaque participant se relie aux autres (via les fils baveux, les aliments partagés) dans ce corps commun. Il incorpore les propositions créatives de l'autre tout en les nourrissant de ses propres propositions. De ces va-et-vient incessants naît une proposition collective et inventive, dans laquelle chacun se redéfinit autrement. Par ces exercices et performances aboutissant à la dissolution du moi et à l'absorption de l'autre, Lygia Clark cherche à nous faire prendre conscience des fluctuations constantes des frontières de l'identité qu'il s'agit d'accepter et de nourrir par le rapport à l'autre.

A contre-corps. Œuvre de dévoration
Frac lorraine 49 nord 6 est
1bis rue des Trinitaires
Metz


pierre aimar
Vendredi 24 Avril 2009
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