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15 Mai 2010, Super Man Project de Yasuyuki Endo, Le BNM au musée d'art contemporain de Marseille par Philippe Oualid

Le 15 Mai dernier, dans le cadre de la Nuit des Musées, le BNM présentait au Musée d'Art contemporain de Marseille, avenue de Haïfa, à proximité des plages, la nouvelle création chorégraphique de Yasuyuki Endo, premier danseur de Frédéric Flamand, et collaborateur de ses ballets depuis de nombreuses années.


Yasuyuki Endo © DR
Yasuyuki Endo © DR
Super Man Project est une pièce de 45 minutes environ, inspirée par des fantasmes et des mythes virils véhiculés par la bande dessinée ou le cinéma populaire américain. Vêtus de vestons ouverts sur le torse nu et de pantalons en toile cirée de couleurs criardes, peu seyants, les cinq danseurs (Vito Giotta, Gabor Halasz, Martin Harriague, Angel Martinez, et Nahimana Van Den Bussche) évoquent sur des musiques de Massive Attack, Billy May et Led Zeppelin, un univers de travail à la chaîne pénible où les hommes reproduisent inlassablement, selon une mécanique implacable, les mêmes gestes, les mêmes mouvements aliénants. De temps à autre, quand les cadences s'accélèrent, l'un d'entre eux dérape, s'écroule, et personne ne vient lui porter secours. Mais Super Man Project est aussi un ballet d'hommes vigoureux, exaltés, engagés dans des aventures singulières de combattants d'élite, des luttes, des corps à corps, constituant par moments des faisceaux, des gerbes liées à l'aide d'un ceinturon par un manager despotique (Yasuyuki Endo), soucieux de constituer des collectifs d'énergie et de briser toute velléité de résistance ou d'indépendance.
Rangés sur deux diagonales formant un V, devant une structure cubique en papier qui sert d'écran à des projections vidéos du parc, des bâtiments, des couloirs, des studios de danse du boulevard Gabès, les danseurs exécutent d'abord quelques sauts et tours répétitifs, jambe droite repliée sur un genou, accompagnés d'un moulinet du bras, avant de s'ajuster les uns aux autres avec une précision fonctionnelle, puis de se séparer pour s'animer mécaniquement d'une vie de piston. Rêvant de sexualité permanente, ils font parfois tomber tous ensemble leurs pantalons sur leurs chevilles pour la plus grande joie des enfants présents dans la salle! Les pieds ainsi entravés, ils s'immobilisent ou se tortillent. Enfin, ils réalisent dans un esprit de parade quelques tours de piste, en s'enlaçant mutuellement par les épaules, pour se quitter selon un mouvement de spirale qui les renvoie en coulisse.
Le final concerne le chorégraphe japonais lui-même qui contemple d'abord en spectateur sa propre image sur l'écran travestie en geisha d'aujourd'hui, venue suivre en retard un cours de barre classique à l'école de danse pour le fuir à toutes jambes à travers les couloirs du sous-sol, un chorégraphe attentif, calme et solennel, qui se précipite soudain sur l'écran pour le trouer rageusement tel le Pitre de Stéphane Mallarmé, "avec sa simple ivresse de renaître, autre que l'histrion" évoqué par le film. . .
Se jouant aisément des codes de la danse et de ses genres, Yasuyuki Endo nous offre, avec ce Super Man Project, une pièce remarquable, à la fois féroce, cruelle et bouffonne, traversée comme sa précédente création TéTOTé, de traits poétiques fulgurants.
Philippe Oualid


pierre aimar
Mardi 18 Mai 2010
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