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13 au 25/01 <> Macbeth d’Heiner Müller d'après Shakespeare. Cie In Pulverem Reverteris et Théâtre des Bernardines, Marseille


Avec Macbeth (1971), Müller fait sa première grande tentative pour réécrire une pièce de Shakespeare,
avant Hamlet-Machine (1977) et Anatomie Titus (1982). Exclu depuis dix ans de l'Union des écrivains, empêché de traiter les sujets contemporains qui avaient fait sa réputation, il a essayé de rompre son isolement en traduisant ou adaptant des tragédies grecques ; à une exception près, elles n'ont pas été jouées en RDA, mais leur succès à l'extérieur, et d'abord en RFA, a commencé à faire de lui un auteur connu. Shakespeare est une autre carte pour reprendre pied dans son pays. Conçu comme une nouvelle traduction, puis devenu une adaptation plus complexe, Macbeth (1971) est créé en même temps en RDA, sans éclat particulier, et à Bâle avec un succès de scandale (mars 1972). La pièce provoque pourtant en RDA une polémique inattendue, qui va durer près d'un an. Müller a-t-il fait œuvre originale ou s'est-il borné à ajouter à Shakespeare "une bonne dose de sexe", créant ainsi "une source de névroses" pour le public socialiste ? N'a-t-il pas renchéri de brutalité ou même de sadisme sur son modèle, imitant la "vague de cruauté " du cinéma occidental des mêmes années ? Sa façon de traiter les seigneurs, les paysans et les sorcières montre-t-elle sa conscience du monde contemporain ou trahit-elle, au contraire, l'étendue de son "pessimisme historique" ? Ces questions divisent le milieu littéraire, l'Université et le monde politique. La pièce est mal vue des idéologues officiels, mais la principale attaque contre elle vient d'un opposant au régime communiste et ancien prisonnier politique, Wolfgang Harich, philosophe connu. Il conteste que Macbeth soit une vraie pièce de Müller, tout en la jugeant "réactionnaire dans le contenu" et "bâclée dans la forme". Bien qu'il garde le silence, Müller s'est à nouveau taillé une place en RDA.
Il échappe définitivement à la tutelle de l'esthétique marxiste, officielle ou contestataire. Ses détracteurs
ont voulu l'accabler en le comparant à Ken Russell, Sam Peckinpah et surtout Stanley Kubrick (Orange mécanique), sans se demander s'il n'aurait pas plutôt des liens avec Welles ou Kurosawa : il en profite pour renforcer son image de novateur. Les questions débattues en 1972-73 accompagneront son oeuvre jusqu'à la fin. Dix ans après sa mort, on voit l'ambivalence de la relation créatrice qu'il avait nouée avec Shakespeare : adapter celui-ci, c'était à la fois une " transfusion de sang" indispensable pour continuer à écrire et un risque assumé, celui de céder à l'attrait de la répétition au détriment de la nouveauté des temps ("nous ne serons pas à bon port tant que Shakespeare écrira nos pièces"). Une fois encore, Müller dérangera autant ceux qui attendent de lui un message politique de format courant que ceux pour qui il n'y aurait rien à comprendre à ses histoires "de bruit et de fureur".
Jean-Pierre Morel
Fiche livre in www.leseditionsdeminuit.com

Pratique

texte d’Heiner Müller d’après William Shakespeare
traduction Jean-Pierre Morel aux Editions de Minuit (2006)
conception, mise en scène et scénographie : Angela Konrad
dramaturgie, assistanat : Elise Blaché
avec :
Jezabel d’Alexis
Fabrice Michel
Frédéric Poinceau
Léo Maratrat
Laurence Langlois (danse)
Eric Bernard (musicien)
Gildas Etevenard et Gilles Campaux (musiciens en alternance)
lumière : Nanouk Marty
vidéo : Danielle Bertotto
Production : cie In Pulverem Reverteris
Coproduction : Théâtre des Bernardines - Théâtre de la Criée
Avec le soutien du Fonds d'Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques (D.R.A.C. et Région Provence-Alpes-Côte d'Azur)
La cie In Pulverem Reverteris est subventionnée par la DRAC-PACA, le Conseil Régional PACA, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, la Ville de Marseille et la Ville d’Aix-en-Provence.

du 13 au 25 janvier
(mardi et vendredi à 20h30 / mercredi et jeudi à 19h30
dimanche 18 et 25 janvier à 16h)
Théâtre des Bernardines
17 bd Garibaldi 13001 Marseille
Renseignements - réservations : 04 91 24 30 40


pierre aimar
Vendredi 19 Décembre 2008
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