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11 au 13/12 > Au Bois dormant, de Thierry Thieû Niang, Patrice Chéreau, Marie Desplechin, à Martigues

Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang ont déjà collaboré pour l’opéra De la maison des morts de Leos Janacek présenté au Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence en juillet 2007. La rencontre de leur talent a produit un une mise en scène remarquable et très bien accueillie tant par le public que par la presse. Ils ont choisi de prolonger leur aventure artistique autour d’un autre projet réunissant l’auteur Marie Desplechin et le musicien Benjamin Dupé.


11 au 13/12 > Au Bois dormant, de Thierry Thieû Niang, Patrice Chéreau, Marie Desplechin, à Martigues
Au Bois Dormant est une fiction née de fortes implications personnelles, qui transformées, conjuguées, tissées ensemble créent une chaîne d'instants multiformes dans lesquels chacun trouve ses portes d'entrée. Thierry Thieû Niang, Marie Desplechin, Benjamin Dupé et Patrice Chéreau ont réussi là où beaucoup restent vides, avec l'impression rare d'assister à un vrai moment de rencontre artistique qui en raconte d'autres, privés, fugitifs.

Une rencontre d'humains et d'humanités qui s'écoutent et s'offrent des instants personnels réinventés
que leur engagement artistique et humain et leur intelligence dans tous les sens du terme leur
permettent de partager.

Jeudi 11, vendredi 12 & samedi 13 décembre 20h30
Lieu des représentations :
Conservatoire Municipal de danse Henri Sauguet
(allée Pablo Picasso à Martigues)
www.thierry-niang.fr
Durée : indéterminée
Tarifs : de 6 à 15€

Notes d'intention de Thierry Thieû Niang

“ Quand rien ne vient de la parole, il vient toujours quelque chose du corps. Chercher du dehors celui qui est dedans, c’est ce que j’ai tenté lors des rencontres avec chacun des quatre adolescents. On dit que ces corps sont privés de gestes et pourtant, des gestes, il en arrive de partout. Des gestes qui mettent en vie un corps. Un fragment de paupières, un soupir, des muscles qui vibrent, la cheville qui tremble, les orteils qui se soulèvent. Jamais, je n’ai vu autant de gestes, d’aussi beaux gestes : gestes nerveux, lignes claires dans
l’espace ou mouvements brisés, lenteur ou immobilité, arabesques maladroites, torsions enroulées, formes éphémères, torsions des bras ou des jambes.
L’envol des bras, le balancement du buste, les doigts qui se détachent de la main ou encore la tête qui roule d’une épaule à l’autre. Un corps hors de lui. Un lieu du monde.”

Marie Desplechin : Regards d’artistes

Quand j’ai regardé Thierry Thieû Niang danser avec les adolescents, je me suis demandé qui attirait l’autre dans son jeu. Etait-ce Thierry qui conduisait Mathieu ou Emilien à son mouvement ? Ou était-ce
l’adolescent qui l’emmenait jusqu’à lui, lui imposant doucement les gestes qui conviendraient ? Du
danseur ou des adolescents, lequel était joueur de flûte ? Qui, exactement, menait la danse ?
Thierry était la puissance invitante : c’était à son initiative qu’ils se retrouvaient. Il proposait le jeu
commun, et il initiait les mouvements.

Mais c’était Mathieu ou Emilien, le roi, le prince de royaumes désolés, qui l’invitaient à se produire autour d’eux. Ils recevaient ses gestes comme autant d’hommages inquiets à la toute puissance de leur malheur. On aurait dit qu’ils consentaient à y répondre, et manifestaient leur contentement avec une réserve effrayée. C’était une chose fascinante de voir se passer ces deux événements simultanément. Soudain, il n’y avait plus de bon et de mauvais monde, le bon monde du partage contre le mauvais monde de l’isolement. Le mauvais monde n’était pas aboli miraculeusement au profit du bon. C’était plutôt comme d’assister à la naissance d’une grande entreprise diplomatique. Ou à l’instauration d’une zone pacifiée où il serait possible, un temps, de se retrouver.
Et cela, certainement, était dû à la danse.
Je me suis figuré que la danse venait avant. Avant la sculpture, avant la peinture, avant la musique même. Qu’elle arrivait d’abord, dans l’histoire de tous et de chacun. Elle était tellement ancienne qu’il n’était pas possible d’en garder la trace, sauf à supposer qu’un autre art, un art de la représentation, la peinture par exemple, s’en charge.
Pour la danse, en somme, c’était tout de suite et puis plus jamais. C’était à répéter encore et encore. La danse ne disait pas, elle ne représentait pas. Pas de mot. Pas d’image. De l’instant, du mouvement, du souffle, de la répétition. J’ai pensé que la danse était peut-être l’ambassade la plus intelligente pour établir des passerelles entre les mondes, entre le monde des enfants, de Mathieu ou d’Emilien par exemple, et le nôtre, celui de Thierry et le mien par exemple.
Des ambassades et c’est tout. Pas de civilisation, pas de colonisation, pas de progrès en vue.
Une rencontre heureuse, dont la plus grande réussite serait de faire naître le désir d’une autre rencontre, son attente. Je me suis souvenue de deux maximes de Clément Rosset. « La nature des choses consiste en les choses, et en elles seules. Il n’est, il n’a jamais été ni ne sera jamais de présence que du présent. »
Et « Sois l’ami du présent qui passe, le futur et le passé te seront donnés par surcroît. » J’ai lu, dans un texte littéraire écrit par des personnes non autistes, qu’on ne savait rien sur l’autisme.
Une énigme. Un mystère. Rien quoi. Mais ce n’est pas ce que disent les livres écrits par des personnes autistes.
Ce que Thierry et les adolescents en dansant montrent ce n’est pas rien.
C’est autre chose.
Marie Desplechin


pierre aimar
Mercredi 19 Novembre 2008
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